Le trouble de la personnalité borderline, que l’on appelle aussi trouble de la personnalité limite, peut être particulièrement difficile à vivre. Les émotions prennent énormément de place, montent très vite et deviennent difficiles à gérer. Les relations avec les autres sont elles aussi compliquées, avec une grande sensibilité au rejet, à l’abandon ou aux changements dans la relation.
Certaines personnes vont également chercher des moyens de faire baisser cette souffrance, parfois par des comportements qui peuvent leur être préjudiciables : automutilations, impulsivité, consommation d’alcool ou de drogues, par exemple.
Lorsque le diagnostic est posé, il peut permettre de mettre enfin des mots sur ce que l’on vit. Mais il laisse aussi souvent de nombreuses questions :
« qu’est-ce que cela veut dire pour moi ? « , « est-ce que je vais rester comme ça ? » ou encore, « est-ce qu’il existe une thérapie qui peut vraiment m’aider ? »
Dans ma pratique, j’ai accompagné des personnes ayant reçu un diagnostic de trouble borderline par un psychiatre, mais qui ne bénéficiaient pas ensuite d’un suivi psychothérapeutique spécifique. Dans ces situations, le travail thérapeutique ne consiste pas simplement à parler du diagnostic. Il s’agit surtout de comprendre ce qui se passe, d’avoir un espace où l’on peut être écouté sans jugement et, progressivement, d’apprendre à faire autrement lorsque les émotions deviennent trop difficiles à gérer.
Qu'est-ce que le trouble de la personnalité borderline ?
Le trouble de la personnalité borderline est un trouble psychique qui touche notamment la façon dont une personne vit ses émotions, ses relations et son rapport à elle-même. Il est parfois mal compris, y compris par les personnes qui en souffrent. On entend encore régulièrement parler de « personnes instables », « excessives » ou « imprévisibles », alors que ces mots ne permettent pas vraiment de comprendre ce qui se passe intérieurement.
Une personne qui présente un trouble borderline ressent certaines émotions avec une intensité très importante. Une contrariété, une remarque, une dispute ou la peur de perdre quelqu’un peuvent déclencher une réaction émotionnelle beaucoup plus forte que ce que l’entourage imagine. Ce n’est pas forcément que la personne exagère volontairement ; car sur le moment, ce qu’elle ressent peut réellement être très difficile à supporter.
Les difficultés peuvent prendre des formes différentes selon les personnes. On retrouve, comme dit précédemment, une grande sensibilité au rejet ou à l’abandon, des relations très intenses, une image de soi qui change beaucoup, de l’impulsivité ou encore un sentiment de vide intérieur. Certaines personnes peuvent aussi avoir des comportements autodestructeurs ou des pensées suicidaires.
Il est donc important de ne pas réduire quelqu’un à son diagnostic. Deux personnes ayant reçu le même diagnostic peuvent avoir des difficultés très différentes et ne pas avoir besoin exactement du même accompagnement.
Quand les émotions deviennent difficiles à gérer
La régulation émotionnelle est souvent au cœur des difficultés rencontrées dans le trouble borderline. Une émotion peut arriver très rapidement, devenir extrêmement forte et donner l’impression qu’il est impossible de penser à autre chose.
Dans ces moments-là, on a du mal à prendre du recul. La colère devient envahissante, la peur de perdre quelqu’un prend toute la place ou une tristesse profonde donne le sentiment que rien ne pourra aller mieux. Une fois l’émotion redescendue, la personne regrette souvent sa réaction ou ne comprend pas elle-même pourquoi elle a réagi de cette manière.
C’est justement ce fonctionnement que l’on peut commencer à travailler en thérapie. L’objectif n’est pas d’apprendre à ne plus ressentir, car les émotions ont leur utilité. Il s’agit plutôt de pouvoir les reconnaître plus tôt, comprendre ce qui les déclenche et trouver d’autres façons d’y répondre, notamment lorsque leur intensité devient très importante.
Avec le temps, cela permet de retrouver une sensation de contrôle et surtout de ne plus avoir l’impression que chaque émotion forte impose immédiatement une réaction.
Des relations parfois vécues très intensément
Les difficultés ne concernent pas uniquement les émotions. Les relations sont également une source importante de souffrance.
La peur d’être abandonné ou rejeté est particulièrement présente. Un changement de comportement de la part d’un proche, un message qui tarde à arriver ou une dispute sont vécus comme quelque chose de beaucoup plus grave qu’il n’y paraît extérieurement. La relation devient alors très intense, avec parfois des changements rapides dans la manière dont l’autre est perçu.
C’est épuisant pour la personne concernée, mais aussi pour son entourage. Puis lorsque la relation se dégrade, cela renforce encore davantage le sentiment de solitude, de rejet ou de culpabilité, qui augmente la souffrance, qui… Bref un vrai cercle vicieux!
Le travail thérapeutique permet notamment de mieux comprendre ces mécanismes et de développer progressivement d’autres façons de communiquer. Apprendre à exprimer ce que l’on ressent, demander quelque chose clairement, poser une limite ou traverser un désaccord sans que la relation soit immédiatement vécue comme menacée sont autant de compétences qui peuvent se travailler.
Automutilations : quand la souffrance devient trop difficile à contenir
Chez certaines personnes présentant un trouble borderline, la souffrance émotionnelle peut conduire à des comportements autodestructeurs, notamment des automutilations.
Il est important de ne pas regarder ces comportements uniquement sous l’angle du geste lui-même. Ils peuvent avoir différentes fonctions et constituer, pour la personne, une manière de faire face à une émotion devenue momentanément insupportable. Dans certains cas, le fait de se faire du mal peut donner l’impression de faire baisser une tension intérieure ou de reprendre un sentiment de contrôle.
Cela ne signifie évidemment pas que ces comportements sont une solution. Au contraire, ils sont le signe qu’une souffrance importante est présente et qu’il est nécessaire de pouvoir trouver d’autres moyens de la gérer.
Dans ce contexte, la thérapie cherche notamment à comprendre ce qui se passe avant le comportement, ce qui déclenche la crise, ce que la personne ressent à ce moment-là et ce qui pourrait lui permettre de traverser cette période autrement.
Je préfère volontairement ne pas détailler ici les différentes formes que peuvent prendre les automutilations. Pour comprendre le trouble et les possibilités d’accompagnement, ces détails ne sont pas nécessaires.
Cas concret : une personne qui se faisait du mal physiquement
Dans ma pratique, j’ai accompagné une personne diagnostiquée borderline, mais qui ne bénéficiait pas d’un suivi psychothérapeutique spécifique. Elle présentait notamment des signes d’automutilations lorsqu’elle était confrontée à une souffrance émotionnelle importante.
Le travail thérapeutique a d’abord consisté à lui offrir un espace où elle pouvait parler de ce qu’elle vivait sans être jugée, puis à mieux comprendre ce qui se passait avant l’apparition de ces comportements. Progressivement, nous avons pu mettre en place des outils issus de la TCD pour l’aider à traverser les moments de forte tension émotionnelle autrement.
L’objectif n’était pas simplement de lui demander d’arrêter de se faire du mal. Il était surtout de comprendre ce que ces comportements venaient exprimer ou apaiser et de lui permettre, petit à petit, de disposer d’autres moyens pour faire face à ce qu’elle ressentait.
Au fil de l’accompagnement, j’ai pu constater une évolution positive, avec une meilleure compréhension de ses émotions et de nouvelles façons de gérer les situations particulièrement difficiles.
Alcool, drogues, les addictions pour essayer de ne plus penser ou de ne plus ressentir
Une autre manière de chercher à mettre la souffrance à distance peut être la consommation d’alcool ou de drogues; avoir une sexualité à risque.
Certaines personnes expliquent utiliser les substances pour ne plus penser, dormir, se calmer ou simplement ne plus ressentir ce qui est trop difficile. Sur le moment, cela peut effectivement donner une impression d’apaisement. Mais cet effet ne dure pas et la consommation devient rapidement un problème supplémentaire.
Dans ce type de situation, il est important de comprendre ce que la consommation vient faire dans le fonctionnement de la personne. Qu’est-ce qui se passe juste avant ? Quelle émotion cherche-t-elle à éviter ? Que se passe-t-il lorsqu’elle ne consomme pas ?
Ces questions permettent de ne pas traiter le comportement isolément, mais de chercher ce qui se trouve derrière.
Lorsque la consommation est importante ou constitue une véritable addiction, une prise en charge spécifique est bien entendu nécessaire, en complément du travail psychothérapeutique. L’objectif est de pouvoir prendre en compte l’ensemble de la situation plutôt que de considérer séparément les difficultés émotionnelles et les conduites addictives ou à risques.
Cas concret : quand les consommations servent à mettre la souffrance à distance
Une autre personne diagnostiquée borderline que j’ai accompagnée, avait développé une consommation d’alcool et de drogues. Ces consommations lui permettaient notamment de mettre ses problèmes à distance et de ne plus penser à certaines difficultés devenues trop lourdes à supporter.
L’accompagnement a permis de prendre le temps de comprendre ce qui se passait derrière ces consommations : les émotions présentes, les situations qui les déclenchaient et ce que la personne cherchait à éviter ou à apaiser. Grâce aux outils issus de la TCD, la personne a progressivement développé d’autres façons de faire face à ses moments difficiles.
Dans ce type de situation, il est important de ne pas considérer la consommation comme un problème isolé. Elle peut être une manière de faire face à une souffrance plus profonde et doit donc être prise en compte dans l’ensemble de l’accompagnement. Lorsque la problématique addictive est importante, un travail complémentaire avec des professionnels spécialisés est nécessaire.
Là encore, j’ai pu constater une évolution positive au cours de l’accompagnement, avec une meilleure compréhension du lien entre les émotions, les situations vécues et les consommations, ainsi que la possibilité de progressivement mettre en place d’autres stratégies.
Pourquoi un accompagnement spécifique fait souvent la différence ?
Recevoir un diagnostic de trouble borderline est un soulagement pour certaines personnes à la condition qu’il leur soit expliqué de manière claire, bienveillante et sans stigmatisation. Leurs difficultés portent un nom, elles ne sont pas simplement trop sensibles ou incapables de se contrôler.
Mais un diagnostic, à lui seul, ne donne pas les outils nécessaires pour gérer une crise émotionnelle à deux heures du matin, traverser une dispute avec un proche ou résister à l’envie de reprendre un comportement qui permet de faire baisser la tension.
C’est là que l’accompagnement psychothérapeutique prend tout son sens.
La thérapie permet de prendre le temps de comprendre son fonctionnement, d’identifier les situations qui déclenchent certaines réactions et surtout de s’entraîner progressivement à faire autrement. On ne change pas ses habitudes émotionnelles du jour au lendemain. Cela demande du temps, des essais, parfois des erreurs, des rechutes même, et beaucoup de répétition.
Le travail porte sur la régulation des émotions, les comportements impulsifs, les relations, l’estime de soi et les situations de crise. Le but est de donner à la personne davantage de possibilités lorsqu’une difficulté survient, plutôt que de la laisser avec une seule manière de réagir.
La TCD : une approche particulièrement adaptée au trouble borderline
La Thérapie Comportementale Dialectique (TCD) a été développée initialement pour accompagner les personnes présentant un trouble borderline. Elle est aujourd’hui connue notamment pour son travail autour de la régulation émotionnelle et des comportements à risque.
L’une de ses particularités est de proposer des outils très concrets. On ne se contente pas de comprendre intellectuellement pourquoi une situation est difficile : on cherche aussi ce que l’on peut faire lorsque cette situation se présente réellement.
La TCD travaille notamment autour de quatre grands domaines.
La pleine conscience
La pleine conscience consiste notamment à apprendre à observer ce qui se passe en soi sans réagir immédiatement. Cela peut sembler simple, mais lorsqu’une émotion est très forte, cette capacité demande un véritable apprentissage.
L’idée est progressivement de pouvoir se dire : « je suis très en colère », « j’ai peur qu’on me laisse », « je suis en train de paniquer », plutôt que d’être immédiatement emporté par ce que l’on ressent.
La tolérance à la détresse
Certaines situations sont douloureuses et ne peuvent pas être réglées immédiatement. La tolérance à la détresse consiste à apprendre à traverser ces moments sans aggraver encore la situation.
C’est particulièrement important lorsqu’une personne a tendance à réagir très rapidement sous le coup d’une émotion intense.
La régulation émotionnelle
Il s’agit de mieux comprendre les émotions, de repérer ce qui les déclenche et de développer des moyens de les réguler.
L’objectif n’est pas de devenir indifférent ou de supprimer les émotions, mais de pouvoir les vivre sans qu’elles prennent systématiquement le contrôle de la situation.
L'efficacité interpersonnelle
Ce volet concerne les relations avec les autres : savoir exprimer ce dont on a besoin, poser une limite, dire non, demander quelque chose ou gérer un conflit.
Ces compétences peuvent paraître évidentes lorsqu’on les lit, mais elles sont beaucoup plus difficiles à mobiliser lorsque l’on est pris dans une émotion très forte. C’est pourquoi elles se travaillent concrètement en thérapie.
Si vous souhaitez comprendre plus précisément le fonctionnement de cette approche, j’ai consacré un article complet à la Thérapie Comportementale Dialectique (TCD).
La thérapie ne se résume pas à appliquer des techniques
C’est un point qui me paraît particulièrement important dans l’accompagnement du trouble borderline.
La TCD apporte des outils, mais une thérapie ne consiste pas simplement à donner une liste d’exercices à appliquer lorsque cela va mal. Avant de pouvoir utiliser ces outils, il faut d’abord commencer par comprendre ce que vit la personne et lui permettre de se sentir suffisamment en confiance pour en parler.
L'écoute et la relation thérapeutique font partie du travail.
Pouvoir raconter ce qui se passe sans avoir peur d’être jugé, mettre des mots sur des comportements que l’on comprend parfois soi-même difficilement, revenir sur une situation qui s’est mal passée et essayer de comprendre ce qui a conduit à cette réaction, c’est tout cela qui fait partie du processus.
La thérapie doit également être adaptée à la personne. Le diagnostic de trouble borderline donne des indications importantes, mais il ne raconte pas toute l’histoire. Chaque personne a son parcours, ses expériences, ses difficultés et ses propres ressources.
Peut-on aller mieux avec un trouble borderline ?
Oui, il est possible d’évoluer.
Cela ne signifie pas que toutes les difficultés vont disparaître rapidement ou qu’une thérapie va changer complètement la vie d’une personne en quelques semaines. Le chemin est long et comporte des périodes plus difficiles que d’autres.
Mais apprendre à mieux comprendre ses émotions, reconnaître les situations qui mettent en difficulté, prendre un peu plus de recul avant d’agir et disposer de stratégies différentes change progressivement beaucoup de choses.
La finalité n’est pas de devenir quelqu’un qui ne ressent plus rien, mais de pouvoir continuer à ressentir fortement, tout en ayant davantage de choix sur ce que l’on fait de ces émotions.
Avec le temps et en se laissant ce temps, cela permet de sortir d’un fonctionnement où l’on passe constamment d’une crise à l’autre et de consacrer davantage d’énergie à ses relations, ses projets et sa vie quotidienne.
Quand consulter pour un trouble borderline ?
Si un diagnostic de trouble borderline a été posé et que vous avez le sentiment de rester seul avec vos difficultés, une consultation psychologique ou thérapeutique permet de faire le point sur votre situation et de voir quel type d’accompagnement pourrait vous convenir.
Vous pouvez également consulter lorsque vous vous reconnaissez dans certaines difficultés comme des émotions très intenses, relations particulièrement compliquées, comportements impulsifs ou autodestructeurs, sans avoir reçu de diagnostic. Dans ce cas, l’objectif n’est pas de se diagnostiquer soi-même à partir d’un article, mais d’en parler avec un professionnel qui pourra vous orienter si une évaluation complémentaire est nécessaire.
L’accompagnement psychologique et/ou thérapeutique s’inscrit également en complément d’un suivi psychiatrique ou médical lorsque cela est nécessaire.
Si vous souhaitez être accompagné à Narbonne ou dans les environs, une première consultation permet avant tout de prendre le temps de comprendre votre situation et de voir ensemble ce qui pourrait être mis en place.
Pour résumer
Le trouble borderline donne le sentiment d’être constamment dépassé par ses émotions, ses relations ou certains comportements. Le diagnostic ne résume pas une personne et ne signifie pas qu’elle restera toujours confrontée aux mêmes difficultés.
Un accompagnement adapté permet de mieux comprendre ce fonctionnement et surtout d’apprendre progressivement à faire autrement. La TCD apporte dans ce cadre des outils concrets pour travailler la régulation émotionnelle, la tolérance à la détresse, la pleine conscience et les relations avec les autres.
Mais au-delà des outils, il y a aussi la relation thérapeutique de pouvoir être entendu, compris et accompagné sans jugement.
C’est cette combinaison entre écoute, compréhension et apprentissage progressif de nouvelles stratégies qui constitue le cœur de mon approche lorsque j’accompagne une personne présentant un trouble borderline.
FAQ – Trouble borderline et thérapie
Le trouble de la personnalité borderline est un trouble psychique qui entraîne notamment une forte intensité émotionnelle, des difficultés dans les relations, une image de soi fluctuante et une certaine impulsivité. Certaines personnes présentent également des comportements autodestructeurs ou des conduites suicidaires.
Plusieurs approches psychothérapeutiques sont proposées selon la situation. La Thérapie Comportementale Dialectique (TCD) a été développée initialement pour le trouble borderline et propose un travail particulièrement structuré autour des émotions, des situations de crise et des relations interpersonnelles.
La TCD a été développée spécifiquement à l'origine pour le trouble borderline. Elle propose notamment des outils permettant de mieux réguler les émotions, de traverser les moments de détresse et de gérer différemment certaines situations relationnelles. Comme pour toute approche, sa pertinence dépend de la situation et des besoins de la personne.
Oui. Une prise en charge adaptée permet de développer progressivement de nouvelles compétences pour mieux gérer les émotions, les situations difficiles et les relations. L'évolution est différente pour chaque personne et dépend notamment de son histoire, de ses difficultés et du cadre de soins mis en place.
La TCD a été développée initialement pour le trouble borderline, mais certaines de ses stratégies sont également utilisées dans d'autres problématiques liées notamment à la régulation émotionnelle. Une consultation permet de déterminer si cette approche correspond à la situation et aux objectifs de la personne.
